Monthly Archives: janvier 2015

Le bouleau pour notre santé


forêt de bouleaux

 …ou les mille et une vertus de  « l’arbre à la peau d’argent ».

Qui ne connaît pas le bouleau, cet arbre lunaire au port élégant si reconnaissable entre tous ? Mais on ne sait pas toujours que, dans nos régions, on rencontre lors de nos sorties-nature deux espèces assez proches : le Bouleau verruqueux et le Bouleau pubescent. Comment donc les reconnaître :

bouleau verruqueux

       Le Bouleau verruqueux (Betula verrucosa Ehrh.) a une écorce blanche lisse et
       brillante avec quelques taches noires, souvent accompagnées de crevasses.
       Ses rameaux ont un port plutôt retombant et sont pourvus de petites excroissances
       résinifères. Ses feuilles ont une forme triangulaire avec un bord doublement denté.

bouleau pubescent

Le Bouleau pubescent (Betula pubescens Ehrh.) a une écorce d’un blanc plus mat, parfois rosé, avec souvent des
bandes ou des lignes horizontales grisâtres. Ses branches sont non pendantes et ses feuilles en losange ont une
face inférieure duvetée. Tous les bouleaux présentent une écorce caractéristique qui rappelle le papier.

 

Ces deux espèces sont très proches, avec un port élancé (jusqu’à 25 mètres pour le Bouleau verruqueux, un peu moins,
environ 20 mètres pour le Bouleau pubescent). Les très jeunes feuilles se consomment au printemps, mais avec l’âge, elles prennent une saveur un peu trop résineuse. Leurs fleurs sont des chatons et ils ont le pouvoir de déclencher de
fortes allergies sur certaines personnes dès la floraison : avril-mai. Il fallait bien trouver un « petit » défaut à cet arbre si généreux !
ecorce de bouleau      Leur durée de vie ne dépasse pas le centenaire car il paraît que c’est un arbre
      colonisateur qui ne tient pas en place. Le bouleau est ainsi utilisé pour repeupler
      car il est peu exigeant, et sa croissance est rapide. Les jeunes branches peuvent
      servir à faire des balais.
      Et où il y a des bouleaux, on rencontre aussi très souvent un champignon
      caractéristique de nos forêts, le célèbre champignon de nos contes de fée,
      l’Amanite tue-mouches (Amanita muscaria), qui entretient une relation
      symbiotique privilégiée par le sol avec le Bouleau.

bouleaux et amanites-tue-mouches

 

5 bonnes raisons (au moins) de vous intéresser à cet arbre

en tant que passionné de nature,

mais aussi pour votre santé :

 

Côté nature :

•  l’écorce de bouleau

est un merveilleux allume-feu. Il faut utiliser l’écorce la plus fine possible (qui ressemble un peu à du papier ou à du sparadrap) car avec une écorce trop épaisse, j’ai testé, c’est beaucoup plus difficile ! L’écorce contient de la bétuline, une résine qui a la propriété de s’enflammer assez facilement et qui donne à l’écorce sa blancheur cireuse. D’ailleurs, lorsque vous verrez la flamme de l’écorce de bouleau, elle est souvent noire à sa pointe, preuve que la résine (la bétuline) se consume.

La première étape consiste à gratter l’écorce côté extérieur pour extraire une peau très fine appelée « papier de bouleau ». On cherche ainsi à obtenir des espèces de « bouloches » fines et aérées, les moins compactes possible. Il est aussi tout à fait possible de frotter l’écorce pour n’obtenir que de la poussière. L’écorce doit être aussi sèche que possible. Certains baroudeurs émérites m’ont affirmé qu’ils étaient parvenus à allumer de l’écorce de bouleau même mouillée avec un firesteel ; pour ma part je n’y suis jamais arrivé, mais je m’entraîne dur et ne perds pas espoir !!
On peut aussi utiliser l’écorce de bouleau en grandes plaques dont on fera le toit d’un abri pour le rendre étanche aux intempéries.
Note : En dehors d’une situation de survie extrême, choisissez de préférence votre écorce sur des arbres morts. Si vous ne pouvez faire autrement que de prélever de l’écorce sur un arbre vivant, évitez de faire le tour du tronc afin de ne pas mettre sa vie en danger !

 

Ci-dessous, petit rappel des extraordinaires propriétés de cet arbre grâce un extrait de l’émission « Back to the Wood » (Retour au bois) par John C :

                        Source : Chaîne EVSF Ecole de vie et survie en foret – Youtube

 

 

•  le polypore du bouleau 

Polypore-du-bouleau

est un champignon parasite qui ne pousse que sur cet arbre et qui, serait lui aussi, un formidable capteur de feu, au même titre que l’amadouvier (voir présentation de ce champignon dans l’article : « Faire du feu sans allumette ni briquet ». Le polypore du bouleau  serait, selon certaines sources, encore plus performant que l’amadouvier. Ne l’ayant pas encore testé à ce jour, je ne peux pas vous en dire plus à son sujet pour l’instant. Mais patience, ça viendra prochainement !

Le saviez vous ?

Otzi, l’homme des glaces vieux de près de 5000 ans et retrouvé dans les Alpes, avait sur lui
3 espèces de champignons : un polypore du bouleau (Piptoporus betulinus), un amadouvier
(Fomes fomentarius) et un chaga (inonotus obliquus).

 

 

Côté santé :

•  le polypore du bouleau est reconnu pour ces actions antiparasitaires et était déjà probablement utilisé par Otzi comme traitement contre le parasite intestinal (Trichuris trichiura) grâce à son contenu élevé en huiles anti-parasitiques. Le polypore du bouleau serait aussi excellent  pour combattre les mauvaises bactéries et aurait des propriétés anti-inflammatoires et cicatrisantes intéressantes. Des essais cliniques ont, paraît-il, démontré de meilleurs résultats que la cortisone sur des inflammations spécifiques. 
Coupé en dés et bouilli 3 à 4 heures, sa décoction (un verre de 10 cl) contient un nombre important de substances actives, ce qui en fait une mini-pharmacie à lui seul : antibactérien, antidiarrhéique, anti-inflammatoire avec des propriétés immunostimulantes.
Son étude, comme plusieurs champignons médicinaux, intéresse en tout cas en ce moment au plus haut point l’industrie pharmaceutique.

 

 

chatons de bouleau

Quand  le printemps nous revient avec ses envies de corps léger, de peau douce à faire dorer, de sorties au grand air et d’exercice physique bienfaiteur, et comme il arrive bien souvent qu’on sorte de l’hiver avec quelques kilos en plus et du tonus en moins, voilà donc la période rêvée pour penser à une nouvelle cure de jouvence en avalant un peu de jus ou de sève de bouleau. 

•  le jus de bouleau
se prend régulièrement au sortir de l’hiver, au changement de saison. C’est un puissant détoxifiant qui purifie l’organisme en profondeur grâce à son action diurétique et dépurative.
Pour info :
Pour faire du jus, les feuilles de bouleau sont sélectionnées et récoltées une fois par an. Par exemple, la marque suisse Weleda les cultive en République Tchèque dans la région de Bohème. Le domaine est à l’abri de l’agriculture intensive, ce qui permet d’obtenir une récolte naturelle sans produit chimique. La qualité des feuilles de bouleau est très importante pour la confection du jus. L’élément qui permet d’en juger est notamment leur odeur enivrante.
Avant d’être envoyées en décoction, les feuilles sont traitées une par une en laboratoire. A ce stade, si une trace de pesticide est détectée, c’est l’ensemble du lot qui est supprimé. Une fois la décoction terminée, le jus de bouleau a son aspect vert pâle et aqueux définitif et il est fin prêt à être dégusté. Personnellement, je prends la version sans sucre : 94 % de feuilles et 6% de citron, le tout mélangé avec un peu d’eau. C’est plutôt amer, même très amer, mais comme c’est bon pour ma santé…
Cette préparation aux extraits de feuilles de bouleau agit sur les fonctions physiologiques. Ses agents diurétiques et dépuratifs permettent à l’organisme d’éliminer toxines et poisons, un moyen à long terme d’être un excellent détoxifiant. La boisson intervient aussi fréquemment lors de régimes minceurs grâce à ses fonctions « nettoyantes ».
En plus de purifier le corps, le jus de bouleau est également recommandé pour les personnes souffrant d’arthrite ou d’arthrose, de calculs rénaux et d’eczéma.
Commencer une cure au début de chaque saison est idéal pour assainir le corps et retrouver un joli teint !

 

• la sève de bouleau (à ne pas confondre avec le jus de bouleau)

La sève est le liquide nourricier du bouleau, qui, nourrit ses bourgeons et les jeunes pousses du bouleau. La sève du bouleau, comme dans tous les arbres, monte sous l’effet d’une différence de potentiel électrique entre ciel et terre.

séve de bouleau

Le saviez vous ?

Pendant un gros mois la montée de sève produit environ 200 litres de sève par jour, soit environ 6000 litres de sève pour un seul bouleau mature (âgé de plus de 30 ans).

La sève de bouleau a sensiblement les mêmes propriétés que le jus, peut-être en plus concentré. Mais que nous disent exactement les pros de la pub à son sujet ? (dixit ci-dessous) :
• elle a une propriété purifiante, elle draine les toxines ;
• elle agit sur les reins, et contribue à diminuer la concentration de l’acide urique (c’est bon pour les articulations !)
• elle limite les rétentions d’eau et favorise l’élimination de la cellulite, elle améliore les troubles de la peau (eczéma, dartres, couperose, ….)
• elle stimule le foie et aide à diminuer le taux de cholestérol
• elle a une action fortifiante, régénère et renforce l’organisme car elle contient des minéraux essentiels comme le calcium, le magnésium, le potassium, le sodium (mais aussi du cuivre, du fer, du manganèse, du zinc, du phosphore, du silicium, du sélénium, du cobalt, du chrome, du lithium.. Mais ce n’est pas tout : son pouvoir de reminéralisation est favorisé par la présence d’acides aminés, d’enzymes, de flavonoïdes, d’hormones végétales, d’antioxydants…
Bref, comment s’en passer ?
Pour savoir comment récolter la sève de bouleau de façon naturelle, regardez attentivement la vidéo ci-dessous de l’ami Pascal de « Passion animale et végétale ». Elle est très instructive et, ce qui ne gâche rien, est réalisée comme toujours avec le zeste d’humour incomparable propre à ce grand amoureux de la Nature.

                                                                     Source : Youtube Chaîne Passion animale et végétale

 

Et…  « the last, but not the least » :

• le xylitol, un sucre-miracle provenant du bouleau et qui détruit les caries !
Incroyable ! Personne ne nous avait prévenu de cette découverte pourtant pas si récente quand, enfants, nous nous régalions de bonbonailles et autres Carambar à longueur de journée ! Sinon, bien sûr, nous aurions évité avec
plaisir ces désagréables visites chez le dentiste, lequel nous sermonnait d’un air ombrageux en découvrant navré
toutes nos méchantes caries !
Petit rappel : les caries se produisent quand l’émail de vos dents est attaqué par de l’acide.
Mais comment, diable, pourriez-vous avoir de l’acide sur vos dents ?
Et bien, figurez-vous que ce sont de vilaines bactéries qui vivent sur vos dents (eh oui !), appelées savamment Strepto-coccus mutans, qui se nourrissent de glucose et qui recrachent de l’acide. Et ce sont bien elles qui sont à l’origine de nos caries.
Lorsque vous vous endormez après avoir mâchouillé avec délice votre dernier Carambar, ou encore savouré quelques délicieux et fondants chocolats, et que vous avez des restes de caramel et de sucre collés un peu partout entre vos dents, les Streptococcus mutans se jettent dessus comme des « morts de faim » ! Ils passent même toute la nuit à festoyer, à se remplir de glucose, à se multiplier, et à recracher des quantités considérables d’acide. Booouuh, les vilaines bêtes !!
Et en vous réveillant le matin, vous ne vous apercevez même pas que vos dents sont devenues plus fragiles pendant la nuit. Le processus prend un certain temps, mais, en fonction des souches de bactéries naturellement présentes dans votre bouche (chacun a les siennes paraît-il) et selon la qualité de votre émail, des caries apparaîtront tôt ou tard, ça c’est sûr !
Vous ne pouvez pas vous en apercevoir dans la glace car les caries ne se voient pas toujours, sauf à un stade avancé. Ce sont des taches blanches qui peuvent tourner au marron, et si vous remarquez soudain un trou noir dans votre dent, en vous examinant suite à un douleur tenace, c’est que vous avez déjà un gros problème. Foncez vite chez le dentiste, mais il sera peut-être déjà trop tard…
Et bien, croyez-le ou non, ces insatiables bactéries qui adorent tant le glucose mangent aussi volontiers le xylitol lorsque vous leur en proposez. Mais la différence et le gros avantage pour nous dans ce cas, c’est qu’il leur est impossible de «digérer» le xylitol.  Quand elles l’ont absorbé, elles ne peuvent plus s’en débarrasser, sont intoxiquées et finissent par mourir. Sous vos applaudissements, s’il vous plaît !! C’est ainsi que le nombre de Streptoccocus mutans que vous avez sur les dents peut diminuer considérablement, simplement en mangeant du xylitol.
Ce dernier a aussi l’intérêt d’accroître la production de salive qui chasse les bactéries et de former dans votre bouche un environnement «alcalin» préservant l’émail des dents, favorisant la minéralisation et pouvant ainsi considérablement réduire les caries.
Ce fait a, paraît-il, été déjà confirmé par de multiples études réalisées depuis les années 70. Alors, pourquoi personne ne nous a révélé ça plus tôt, et notamment lors des visites sanitaires annuelles sur les bancs de l’école ?
Mais, suis-je bête, il faut bien que nos « chers » dentistes puissent « se sucrer », eux !
cuillere-de-sucre xylitol
Le xylitol du bouleau est tellement génial que vous pouvez également vous en servir, côté cuisine,  pour sucrer vos boissons et vos desserts ; vous pouvez même choisir un dentifrice ou un chewing-gum au xylitol. Soyez vraiment convaincu que désormais une vie sans aucune carie est vraiment possible.

C’est pourquoi je me tourne vers vous, cher lecteur, pour partager mon enthousiasme.

De  plus, il s’agit d’un produit entièrement naturel qui  :

  1. a l’aspect du sucre blanc et cristallin, il possède le même pouvoir sucrant et la même saveur que la saccharose ;
  2. a le goût du sucre, en un peu plus sucré. Vous pouvez donc en employer moins, et il n’a pas d’arrière-goût comme la plupart des édulcorants, au contraire il a un fort effet rafraîchissant en bouche ;
  3. peut être utilisé à la place du sucre de ménage pour faire vos gâteaux : 40 % de calories en moins comparé à du sucre blanc classique ;
  4. est bon contre toutes sortes de maladies. Ce blog n’ayant pas pour vocation d’être un forum médical, je vous laisserai découvrir un dossier passionnant sur ce sujet en cliquant sur le lien : http://www.xylitol-sucre.org/

Mais juste une précaution importante : Attention à nos amis les chiens !

Le xylitol est inoffensif pour l’homme mais ne laissez jamais votre chien en manger. En fait, il est tellement dangereux pour les chiens qu’il est même conseillé, si vous en avez un à la maison, de ne pas faire entrer de xylitol chez vous
En effet, lorsqu’un chien mange du xylitol, son corps le prend par erreur pour du glucose et se met à fabriquer de grandes quantités d’insuline, faisant s’effondrer son taux de sucre et pouvant mener jusqu’à la mort. Le xylitol a aussi des effets catastrophiques sur le foie des chiens.
Ces effets se manifestent dès 0,1 g de xylitol par kilo de masse corporelle, donc un chien de 10 kg peut mourir en absorbant un seul gramme de xylitol !

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Ma foi, il est vraiment bien difficile de faire le tour de tous les dons de cet arbre médecine, tant le sujet est inépuisable ! Peut-être le verrez-vous d’un autre oeil à l’avenir…

Pour terminer mon article sur le Bouleau, et si vous souhaitez en savoir plus sur cet arbre si généreux, je vous conseille la lecture de cet excellent ouvrage :

livre le bouleau l'arbre à peau d'argent

     « Le bouleau, l’arbre à la peau d’argent » – par Bernard Bertrand, Editions de Terran
      (Note : Pour être tout à fait transparent avec vous, sachez que je ne ne touche aucune
      commission sur la vente de ce livre).

 

       Sources pour cet article :
      – http://www.xylitol-sucre.org/
      – Nature Santé Innovation
      – Entre menthe et lavande
      – www.passeportsante.net/fr/


… ou l’histoire trop peu connue d’un certain « Docteur Courage ».

 Dans les années 1950-1980, un médecin généraliste français est parvenu à mettre au point un traitement personnalisé pour survivre à l’ingestion de la « tueuse », je veux parler du champignon le plus redouté d’entre tous, la sinistre Amanite phalloïde, dont l’évocation seule suffit à glacer n’importe quelle assemblée de solides mycophiles-mycophages coureurs des bois ! On l’appelle aussi souvent « Le calice de la mort », c’est tout dire !

Rappelons que, parmi les milliers d’espèces de champignons recensées un peu partout dans le monde, seule une cinquantaine d’entre elles environ contiennent des toxines graves pour l’homme et sont responsables d’empoisonnements notoires. Toutes ces intoxications ne sont pas fatales, Dieu merci ! mais pour trois d’entre elles en tout cas, et que l’on côtoie couramment dans nos forêts, le pronostic vital serait largement engagé en cas d’ingestion accidentelle, comme aiment à nous prévenir d’un air navré mais définitif les dignes représentants d’Esculape.

Il s’agit principalement de l’Amanite phalloïde (Amanita phalloides), de l’Amanite vireuse (Amanita virosa) et de l’Amanite printanière (Amanita verna).

 

Amanita-virosa

amanite-printanière

 

 

 

 

 

 

                                                       De gauche à droite : Amanite phalloïde, vireuse et printanière.

L’empoisonnement à l’amanite phalloïde provoque une intoxication largement décrite par le Docteur Pierre Bastien et qui se déroule en quatre phases :

1. Pendant 6 à 24 h (12 en moyenne), le patient ne ressent aucune douleur : c’est le classique et redoutable « syndrome tardif », la phase la plus tragique.

2. Surviennent ensuite une forte gastro-entérite avec des nausées, des vomissements et une intense sudation. C’est la phase de la déshydratation.

3. De 36 à 72 heures après la consommation, survient l’hépatite toxique.

4. De 3 à 5 jours plus tard, l’intoxication évolue très rapidement jusqu’à son terme final.

 Une « dégustation » mortelle

Le nom de cet authentique héros, (n’ayons pas peur des mots) : le Docteur Pierre Bastien, est hélas encore à ce jour trop méconnu par la majorité d’entre nous. Pourtant son courage et son « sacrifice » désintéressé mériteraient d’être bien plus largement évoqués et publiés tant ils inspirent le respect.

Car le Docteur Bastien, pour aider généreusement ses contemporains (on estime qu’il en avait déjà sauvé une bonne quinzaine entre 1957 et 1969), n’a pas hésité à aller au bout de son idée prometteuse et à se mettre lui-même gravement en danger en ingurgitant, lors de trois séances successives, des doses importantes de ce champignon mortel.

Pourtant sa méthode une fois divulguée ne lui apportera aucune reconnaissance, ni chez les médecins, ni chez les chercheurs, ni chez les responsables des centres antipoisons, ni dans les laboratoires pharmaceutiques. Sans doute frustré par le silence de ses pairs et décidé à prouver au monde médical qu’il est parvenu à trouver l’antidote aux champignons toxiques, il décide de frapper un grand coup en se promettant bientôt de déguster lui-même « la belle empoisonneuse ».

Par trois fois donc, le Docteur Pierre Bastien sert de cobaye vivant pour tester sa propre méthode qu’il a échafaudée et développée patiemment et que l’on désigne aussi désormais sous le terme de « Protocole Bastien ».

 

Au péril de sa vie…

En 1971, assez découragé également de voir que tous les malades intoxiqués par des Amanites phalloïdes, et qui sont morts après hospitalisation, n’avaient pas reçu son traitement pourtant publié dans les Annales médicales de Nancy, il tente une première expérience sur lui-même « pour convaincre » comme il dit, en consommant sans sourciller l’ennemie publique No. 1, soit la perfide phalloïde. Son témoignage, après le test, est poignant : « Comme on ne me prenait pas au sérieux, j’ai décidé d’apporter la preuve qu’en mangeant ce poison mon traitement était parfaitement efficace. Mais j’avoue que j’ai négligé de prendre, en même temps, de la vitamine C. Je m’en suis bien sorti, mais j’ai été victime d’une hépatite qu’il fallut soigner a posteriori ».

Trois ans plus tard, en 1974, il tente une deuxième expérience, bien qu’il soit sorti fragilisé de son premier test à cause de l’hépatite contractée. Déterminé à convaincre ses détracteurs, il convoque un huissier et, en sa présence, le 22 septembre 1974 à 12h.30 précises, il cuisine puis avale 4 amanites phalloïdes (soit environ 60 g, alors qu’en général 40 g de ce poison suffisent pour mourir). Mais il faut noter que, la veille et et le matin de l’expérience, il a pris soin de prendre préventivement 2 antiseptiques intestinaux, l’Abiosine et l’Ercéfuryl.

Près de 12 heures plus tard, les premiers symptômes apparaissent :  douleurs caractéristiques dans l’abdomen et grande fatigue physique générale (que l’on nomme aussi asthénie). Une heure plus tard, il est pris de très fortes diarrhées qui dureront toute la nuit. Trois heures après, il se fait une injection de vitamine C en intraveineuse et reprend les deux antibiotiques déjà cités. Il se rend ensuite au centre antipoison de Nancy au volant de sa propre voiture (!!) afin de recevoir, pour éviter toute déshydratation, 7 litres de divers sérums pendant 24 heures. Il sort de l’hôpital quelques jours plus tard, éprouvé et bien amaigri, mais vivant et totalement guéri !

En mai 1975 le traitement est enfin diffusé en Europe dans les Documents Scientifiques Guigoz à Lausanne.

Sa troisième expérience est la plus célèbre : elle a lieu en septembre 1981 à Genève devant la presse internationale. Cette fois, il décide d’augmenter la dose : 70 g d’amanites ! Et s’en sort indemne, déclarant modestement ; « Je voulais prouver au monde entier que mon truc marchait. Je n’ai jamais fait cela pour la gloire ».

En 1985, le Docteur Bastien publie un livre témoignage intitulé J’ai dû manger des amanites mortelles (Ed. Flammarion – La Maison Rustique). Bastien-Pierre-J-ai-Du-Manger-Des-Amanites-Livre-846720231_ML

Puis, en octobre 2000, soit près de 3o ans plus tard, le « Protocole Bastien » est enfin mentionné sur le site officiel de l’Ordre des médecins. (www.conseil-national.medecin.fr/).

 

Qu’en reste-t-il aujourd’hui ?

De nos jours, aucune preuve formelle n’a établi que le protocole Bastien était un remède miracle, peut-être tout simplement parce qu’il n’y a pas vraiment de remède miracle en médecine.

Première difficulté, quand les premiers symptômes se manifestent, il est souvent bien difficile d’avaler quoi que ce soit, car les malades sont pris de vomissements aigus les empêchant précisément d’absorber des médicaments par voie orale, y compris ceux préconisés par le Dr. Bastien.  La seconde c’est que nous sommes tous inégaux devant une telle intoxication et devant les champignons aussi. En effet, une personne en bonne santé, une force de la nature comme on dit, et d’âge adulte, sera beaucoup moins sensible qu’une personne âgée, un enfant, ou, pire, une personne souffrant d’une autre pathologie comme le diabète p. ex., ou d’autres souffrant déjà d’hépatite chronique. De même  il paraîtrait que les Amanites ne contiennent pas toutes la même dose de poison, dont la teneur peut varier sensiblement selon les secteurs de récolte, la nature du sol, ou encore le taux d’hygrométrie du champignon. Difficile donc de connaître avec exactitude la dose de poison ingurgité, que ce soit dans le cas des trois intoxications volontaires du Dr. Bastien tout comme lors d’intoxications accidentelles, comme cela se produit hélas chaque année. D’autant qu’il paraît que peu ou pas de laboratoire n’est en mesure ou ne veut effectuer les analyses pour doser cette teneur en phalloïdine.

On discute aussi du remède Bastien, concernant notamment l’utilisation de la vitamine C dans le protocole, sur ce forum : http://forums.futura-sciences.com/archive/index.php/t-6468-La-vitamine-C…-ses-effets….html

Toujours est-il qu’à 81 ans en 2005, malgré ses trois intoxications volontaires, le Docteur Pierre Bastien se portait toujours bien. Il est décédé un an plus tard dans sa maison de Remiremont dans les Vosges. Après avoir défrayé la chronique dans la presse française et étrangère il y a quelques années, il vivait paisiblement retiré des médias. Il se disait fatigué, mais satisfait de son combat. Satisfait et convaincu d’avoir œuvré pour sauver des vies humaines et certain que des vies seront encore sauvées à l’avenir si l’on applique simplement son traitement, qui serait selon lui « de toute façon inoffensif et très peu coûteux ». (Propos recueillis un an avant sa mort).

C’était un passionné qui s’intéressa aux champignons plus en tant que mycophile que comme véritable mycologue. Catholique très croyant, il a écrit un livre sur ce sujet : « Jésus l’effroyable tragédie » en octobre 2002. Si son âge avancé pouvait laisser supposer qu’il avait plutôt bien surmonté physiquement ses trois épreuves toxicologiques, cette dernière publication prouve qu’il avait en plus conservé toute sa lucidité.

 

En cas d’ingestion : agir très vite !

Dans une intoxication de type phalloïdienne, l’important réside dans la précision du diagnostic médical initial et surtout dans la rapidité du traitement appliqué. L’admission dans un centre antipoison est indispensable, quel que soit le protocole thérapeutique qui sera administré (site Internet : www.centres-antipoison.net). La médecine a fait de grands progrès dans ce domaine. Les greffes de foie se pratiquent avec succès et depuis 1989 ou un seul cas de mortalité a été enregistré au Centre antipoison de l’hôpital Fernand-Widal à Paris. 


Conseil en cas d’accident :
Lorsque des symptômes d’empoisonnement (vomissements et/ou diarrhées) apparaissent plus de 6h après l’ingestion d’un plat de champignons, il peut y avoir danger de mort. Il faut donc immédiatement appeler un médecin, qui dirigera le patient vers le centre antipoison le plus proche.
En attendant, il n’est alors pas interdit de demander l’application du protocole du Dr.Bastien qui consiste en une injection intra-veineuse de 1g. de vitamine C, l’absorption, par voie buccale de 2 comprimés de Neomycine et de 2 gélules de Bacifurane (Ercefuryl ou d’un médicament générique correspondant), puis il faut faire surveiller les transaminases dans le sang par un médecin.
Ces médicaments doivent être pris 3 fois par jour pendant 2 jours minimum et dans le même temps pour calmer les vomissements, il faut également injecter du Primperan en intra-veineuse. En aucun cas il n’est affirmé que ce traitement est le seul suffisant. Il faut donc s’en tenir aux avis médicaux qui seront prescrits, suivant les différents cas, les doses de poisons absorbés, le temps d’incubation, etc. 

Le Docteur Bastien a montré qu’en appliquant son protocole, c’est-à-dire en absorbant les antiseptiques intestinaux de façon préventive, avant d’ingérer des quantités élevées d’amanites, puis en continuant le traitement avant que le foie ne soit trop atteint, il est parvenu à trouver un antidote à leur toxicité. Il ne faut cependant pas oublier que les personnes intoxiquées par ces champignons ne prennent eux aucune disposition particulière avant de partir faire leur cueillette !

Voilà pourquoi il est nécessaire, avant de consommer le produit de sa récolte, d’aller la faire examiner par un pharmacien qualifié ou une société mycologique, qui diront si les champignons ramassés sont, ou non, comestibles.

Pour info : Au niveau statistique, en France, du 1er juillet au 28 octobre 2013 (soit en quatre mois), l’Institut de veille sanitaire a enregistré 957 cas d’intoxication aux champignons, dont 15 graves et 3 décès, tous dus aux amanites. Dans le monde, on dénombre en moyenne une centaine de victimes.

 

Sources pour cet article :

• Patrick Laurent, président de la Société Mycologique des Hautes-Vosges. http://www.smhv.net/myco-toxicologie.ws

« Les Champignons de santé et de longévité »  –  Jean-Claude Secondé  (Ed. Grancher).

(Note : Afin d’être totalement transparent avec vous, je tiens à vous signaler que si vous décidez de commander ce livre suite à mon article depuis le lien d’affiliation ci-dessus, je serai commissionné sur la vente en tant que partenaire, mais bien sûr sans que cela change votre prix d’achat).

A voir également pour votre information :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Discussion:Pierre_Bastien_(médecin)